NOVVEAV
RECVEIL
DES PIECES
LES PLVS AGREABLES
de ce temps.

EN SVITE DES JEVX
de l'Inconnû, & de la
Maison des Ieux.

A PARIS,
Chez NICOLAS DE SERCY, au
Palais, en la Galerie Dauphine,
à la Bonne-Foy couronnée.

M DC. XLIIII.
AVEC PRIVILEGE DV ROY.


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LES
LOIX
DE LA
GALANTERIE.

I.
Nous Maistres souuerains de la Galanterie estans assemblez, selon nostre coustume pour la publication de nos loix, qui est quelquefois renouuellee plus souuent que tous les iours, Avons arresté qu'aucune autre Nation que la Françoise ne se doit attribuer l'ho-


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neur d'en obseruer excellemment les preceptes, & que c'est dans Paris ville capitale en toutes façons qu'il en faut chercher la source. Les esprits Prouinciaux n'auront point aussi l'air du grand Monde sans y auoir fait leur cours en propreté, ciuilité, politesse, eloquence, adresse, accortise, prudence mondaine, & s'estre acquis toutes les autres habitudes dont la vraye Galanterie se compose; Encore auec tout cela ne pourront-ils pas exercer nostre Art illustre dans leurs villes esloignees, pource qu'il n'a cours veritablement que dans Paris ville incomparable ou sans pair, de laquelle lors que les vrais Galands sont esloignez, ils se trouueront comme les grands poissons de la mer dans vne petite mare où ils ne peuuent nager faute d'eau, si bien que celuy qui porte cette dignité ne s'esloignera


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que le moins qu'il luy sera possible d'vn lieu qui est son vray Element.

II.
    Nous n'entendons point qu'aucun soit si hardy de pretendre en Galanterie, s'il ne vient d'vne race fort releuee en noblesse & en honneurs, & s'il n'a l'esprit excellent, ou s'il n'a beaucoup de richesses qui brillent aux yeux du Monde pour l'esblouyr & l'empescher de voir ses defaux; Neantmoins cela n'empeschera pas qu'il n'y ait des galands de diuers estages, comme il y en peut auoir de differentes conditions, lesquels tant qu'ils seront en cet estat se deuront pourtant contenter d'vne gloire basse & obscure parmy des gens de leur sorte; car il ne se faut point imaginer qu'il y ait aucun moyen de pareistre veritablement, sans estre logé dans des Palais somptueux, sans estre su-


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perbement vestu, & suiuy de quantité de valets, & mesme sans estre nommé de quelque haut tiltre, soit de dignité, soit de seigneurie.

III.
    La Noblesse s'estant attribué principalement cette prerogatiue de s'eleuer audessus des autres hommes, il n'y a point de doute que la galanterie luy sied mieux qu'à qui que ce soit, principalement lors qu'elle s'est conseruee de temps immemorial par l'exercice des armes, de sorte que les enfans des hommes de robbe & des riches financiers, n'ont point tant de grace à faire les galands, & ce leur est vne vertu moins naturelle; Neantmoins quelque antiquité de race qu'ayent les Seigneurs & Gentilshommes, s'ils n'ont beaucoup de bien auec cela, leur galanterie sera fort basse, pource que leur condition


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les obligeant à faire plus de despense qu'en toutes les autres, & n'estans pas instruits à faire valoir leur bien par le trafic, le prest d'argent, ou les partis et autres moyens qui ne sont pas honestes pour eux, plusieurs d'entr'eux seront sujets à tomber dans l'indigence, & n'auoir pas les choses necessaires à la vie, tant s'en faut qu'ils ayent ce qui ne doit seruir que de parade & d'ornement: Mais nous y auons mis vn bon ordre en les auertissant d'emprunter de tous costez, & d'appuyer leur credit par tous les artifices imaginables, les asseurant que c'est vne des marques de Noblesse d'en faire ainsi, et que s'ils ne sont point Ministres d'Estat ny Generaux d'armee, ils ne laisseront pas d'auoir quantité de gens à leur leuer qui formeront vne grosse Cour, dont il y en aura mesme qui leur presteront de


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nouueau, soit argent, soit marchandise, quelquefois en aussi grand nombre qu'auparauant, pour les obliger par cette bonté à leur donner satisfaction des premieres debtes. Que s'il leur arriue de se battre en duel, ou de se treuuer en vne bataille & en vn assaut de ville, ils seront asseurez qu'il y aura force gents qui prieront Dieu continuellement pour leur conseruation.

IV.
    Il faut que chacun sçache que le parfait Courtisan qu'vn Italien a voulu descrire, & l'Honeste Homme, que l'on nous a dépeint en François, ne sont autre chose qu'vn vray Galand, tellement que toutes les bonnes qualitez que l'on a souhaittees à d'autres separement, doiuent estre toutes reünies en luy, mais outre cela il doit auoir la somptuosité,


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la magnificence, & la liberalité en vn degré souuerain, & pour y fournir il doit auoir vn grand reuenu. Que s'il y a eu des Philosophes qui mettant la Richesse entre les biens externes, ont dit qu'elle n'étoit point necessaire à rendre l'homme vertueux ny heureux, nous leur soustiendrons que ce sont des Pedans & melancholiques qui ne sçauent en quoy consiste le bien de la vie, & mesmes qui meriteroient d'estre punis pour ne pas suiure leur grand Maistre Aristote, qui nomme la beauté du corps, la bonne fortune & la richesse entre les choses necessaires à la felicité. Nous enseignons à tous ceux qui voudront observer nos Ordonnances de faire ainsi leur profit des bons liures, lors qu'ils seront conformes à nos opinions, & de corriger ceux qui en seront trop esloignez. Ils souffri-


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ront bien que l'on les appelle parfaits Courtisans, ou honestes hommes, & gens qui sçauent bien ce que c'est des bonnes murs & des reigles de la vie, pourueu que l'on entende que cela est ordonné selon leur Moralle particuliere; & si l'on les appelle Hommes du Monde, l'on sçait bien de vray que tous les autres hommes sont du monde comme eux, mais l'on voudra dire qu'ils sont du grand Monde, qui est celui dont l'on doit faire estat.

V.
    S'il arriue qu'vn homme qui ait l'esprit propre à la galanterie, n'ait pas neantmoins assez d'argent pour y fournir plusieurs annees, nous luy petmettons* de manger tout son bien en vn an, si le cas y eschet, plustost que de laisser eschapper aucune occasion de parestre: Il suffira qu'il se re-


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serue l'esperance comme Alexandre le Grand, qui a esté vn Prince des plus galands que l'antiquité ait produit. Quelquefois il arriue des successions ou des donations lors que l'on n'y pensoit pas. Vne vefue pecunieuse peut epouser celui qui n'est riche qu'en bonne mine, & en faisant sa Cour auec assiduité aupres des plus grands, l'on obtient d'eux des emplois & des pensions qui remettent vn homme dans le haut lustre; & s'il ne s'estoit point hazardé de parestre tout le plus qu'il pouuoit, il n'y fust pas paruenu, estant tenu pour vn homme mesquin & de peu de consideration.

VI.
    Il y a vne adresse fort loüable pour ceux qui ne sont pas capables de faire d'eux mesmes tout ce qu'ils desireroient; C'est de se ioindre de com-


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pagnie à ceux qui ont dequoy faire vne grande despense, & les y engager insensiblement, mais d'vne telle sorte que l'on croye que ce soit eux qui la fassent. Ainsi quelques-vns donneront des inuentions de ballet, & feront faire d'autres parties à leurs associez dont ils auront l'honneur, pource qu'ils s'entremettront de tout, & que les autres ne seront pas assez effrontez pour aller publier que c'est leur bourse qui fournit à l'appoinctement.

VII.
    Lors que la Mode a voulu que les Seigneurs & hommes de condition allassent à cheual par Paris, il estoit honeste d'y estre en bas de soye sur vne housse de velours, & entouré de pages & de laquais. L'on faisoit alors voir sa taille & ses beaux habits, & son adresse a manier vn che-


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ual: Mais maintenant veu que les crottes s'augmentent tous les iours dans cette grande ville auec vn embarraz ineuitable, nous ne trouuons plus à propos que nos Galands de la haute volee soient en cet equipage, & aillent autrement qu'en carrosse, où ils seront plus en repos, & moins en peril de se blesser ou de se gaster, y pouuant aller en bas de soye, ou bottez, puis que la mode est venuë d'estre botté si l'on veut six mois durant sans monter à cheval. Nous sçauons qu'autrefois pour parler d'vn qui paroissoit dans le Monde, soit financier ou autre, l'on disoit de luy, il ne va plus qu'en housse; mais maintenant cela n'est plus guere propre qu'aux Medecins, ou à ceux qui ne sont pas des plus releuez: De quelque condition que soit vn galand, nous luy enioignons d'auoir vn carrosse s'il en


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a le moyen, d'autant que lors que l'on parle auiourd'huy de quelqu'vn qui frequente les bonnes compagnies, l'on demande incontinent, a-t'il carrosse; & si l'on respond que oüy, l'on en fait beaucoup plus d'estime: C'est aussi vne chose tres-vtile à vn homme qui veut estre dans la bonne reputation, d'entretenir vn carrosse, voire deux, quand ce ne seroit que pour faire plaisir à quelques Dames qui n'en ont point, & leur en prester quelquefois pour leurs promenades & leurs visites, ce qui les oblige de telle sorte que l'on est apres beaucoup mieux venu chez elles, & entre les bonnes qualitez d'vn homme, l'on ne manque pas de dire tousiours d'abord, il a bon carrosse, ce qui vous met incontinent dans l'honneur & la reputation.


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VIII.
    Si les galands du plus bas estage veulent visiter les Dames de condition, ils remarqueront qu'il n'y a rien de si laid que d'entrer chez elles auec des bottes ou des souliers crottez, specialement s'ils en sont logez fort loin; car quelle aparence y a-t'il qu'en cet estat ils aillent marcher sur vn tapis de pied, & s'asseoir sur vn faut-il de velours ? C'est aussi vne chose infame de s'estre coulé de son pied d'vn bout de la ville à l'autre, quand mesme l'on aurait changé de souliers à la porte, pource que cela vous accuse de quelque pauureté, qui n'est pas moins vn vice auiourd'huy en France que chez les Chinois, où l'on croid que les pauures soient maudits des Dieux à cause qu'ils ne prosperent point. Quiconque vous soyez donc qui vous trouuez dans la necessité,


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vous sçaurez que pour cacher vostre defaut, il faut vous lier d'amitié auec quelqu'vn qui ait carrosse, & qui vous charrie en beaucoup de lieux où vous aurez affaire, à la charge que vous lui cederez par tout, & que vous serez son flatteur eternel, ou bien il faudra au moins aller à cheual, non pas auec des housses de cuir pour garder vos bottes, car cela sent son solliciteur de procez, mais auec vne housse de serge grise, ou de quelqu'autre couleur, ou bien pour monstrer que cela se fait à l'improuiste, vous vous seruirez d'vne casaque de laquais. Vous pouuez aussi pour le plus seur vous faire porter en chaize, derniere & nouuelle commodité si vtile, qu'ayant esté enfermé là dedans sans se gaster le long des chemins, l'on peut dire que l'on en sort aussi propre que si l'on sortoit de la boiste d'vn en-


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chanteur, & comme elles sont de loüage, l'on n'en fait la despense que quand l'on veut, au lieu qu'vn cheval mange iour & nuict.

IX.
    Ne vous imaginez pas qu'ayant placé le Galand dans son carrosse, sur son cheual, ou dans sa chaize, nous l'ayons par ce moyen equippé de toutes pieces. Cela s'est coulé icy après auoir parlé en general de sa despense, d'autant que cela est fort necessaire. Or l'ayant conduit par la ville, il le faut voir en l'estat qu'il doit estre pour entrer dans les maisons de qualité, si bien que nostre ordre est assez raisonnable; Et pour parler premierement de ce qui concerne la personne, l'on peut aller quelquefois chez les Baigneurs pour auoir le corps net, & tous les iours l'on prendra la peine de se lauer les mains auec le pain d'a-


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mende. Il faut aussi se faire lauer le visage presque aussi souuent, & se faire razer le poil des iouës, & quelquefois se faire lauer la teste, ou la desseicher auec de bonnes poudres, car si l'on a tant de soin de faire nettoyer des habits, & mesme de tenir des chambres nettes, & tous les meubles d'une maison, à plus forte raison se doit-on soucier de son propre corps. Vous aurez vn valet de chambre instruit à ce mestier, ou bien vous vous seruirez d'vn Barbier qui n'ait autre fonction, & non pas de ceux qui pensent les playes & les vlceres, & qui sentent tousiours le puz et l'vnguent. Outre l'incommodité que vous en receuez, il y a danger mesme que venant de penser quelque mauuais mal ils ne vous le communiquent; tellement que vous ne les appellerez que quand vous serez


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malade, & en ce qui est de vous accommoder le poil, vous aurez recours à leurs competiteurs qui sont Barbiers barbans, quelques defenses & Arrests qu'il y ait eu au contraire. Celui que vous aurez estant tres-propre & tres-adroit, vous frisera les cheueux, ou les laissera enflez, & vous accommodera aussi la barbe selon qu'elle vous siera le mieux, car c'est vn ornement naturel le plus excellent de tous, & dont il faut tenir le plus de compte. Les vns portent les moustaches comme vn traict de soucil*, & fort peu au menton, les autres ont vne moustache à coquille. D'vne façon ou d'autre, l'on est tousiours bien, pourueu que l'on reconnoisse que cela n'est point negligé, mais cela est encore plus estimable quand l'on void que cela vous donne plus de grace.


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X.
    Apres cecy l'on doit auoir esgard à ce qui couure le corps, & qui n'est pas seulement estably pour le cacher & le garder du froid, mais encore pour l'ornement. Il faut auoir le plus beau linge & le plus fin que l'on pourra treuuer. L'on ne sçauroit estre trop curieux de ce qui approche si pres de la personne. Quant aux habits, la grande reigle qu'il y a à donner, c'est d'en changer souuent, & de les auoir tousiours les plus à la mode qu'il se pourra, & nous entendons par les habits tout ce qui sert de principal vestement auec ses despendances qui seruent en quelque partie du corps que ce soit. Il faut prendre pour bons Gaulois & gents de la vieille Cour, ceux qui se tiennent à vne mode qui n'a plus de cours, à cause qu'elle leur semble commode. Il est ridicule de


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de* dire; Ie veux tousiours porter des fraises, pource qu'elles me tiennent chaudement; Ie veux auoir vn chapeau à grand bord, d'autant qu'il me garde du Soleil, du vent, & de la pluye; Il me faut des bottes à petites genoüillieres, pource que les grandes m'embarrassent: C'est n'entendre pas qu'il se faut captiuer vn peu pour estre tousiours bien mis. Ne dit on pas qu'il ne faut pas penser auoir toutes ses aises en ce Monde? L'on a beau dire qu'il n'est rien de si inconstant que le François; Que tantost il porte des chapeaux hors d'escalade, & tantost de bas, tantost de grandes basques, & tantost des petites, des chausses longues & courtes, & que la description de cette bigearrerie ayant esté faite par quelqu'vn en ce qui est des collets, l'on a dit qu'au lieu que nos peres en portoient de petits tous


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simples, ou de petites fraizes semblables à celles d'vn veau, nous auons au commencement porté des rotondes de carte forte, sur lesquelles vn collet empesé se tenoit estendu en rond en maniere de theatre, Qu'apres l'on a porté des especes de pignoirs sans empeser, qui s'estendoient iusqu'au coude; Qu'en suite l'on les a rognez petit à petit pour en faire des collets assez raisonnables, & qu'au mesme temps l'on a porté de gros tuyaux godronnez que l'on appelloit encore des fraizes, où il y avoit assez de toille pour les ailes d'vn moulin à vent, & qu'enfin quittant tout cet attirail l'on est venu à porter des collets si petits, qu'il semble que l'on se soit mis vne manchette autour du col; Ce sont de belles pensees que l'on se forme pour exprimer le changement d'vn contraire à l'autre: Mais


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quoi que cela soit pris pour vne censure de nos coustumes, nous ne deuons pas laisser de garder nostre varieté, comme la plus diuertissante chose de la Nature. Si vn Autheur a dit aussi qu'il se formalise de ce rond de bottes fait comme le chapiteau d'vne torche, dont l'on a tant de peine à conseruer la circunference, qu'il faut marcher en escarquillant les iambes, comme si l'on auoit quelque mal caché, c'est ne pas considerer que des gens qui obseruent ces modes vont à pied le moins qu'ils peuuent. D'ailleurs, quoy qu'il n'y ait guere que cela ait esté escrit, la mode en est desia changee, & ces genoüilleres rondes & estallees ne sont que pour les grosses bottes, les bottes mignonnes estans auiourd'huy rauallees iusques aux esprons, & n'ayans qu'vn bec rehaussé deuant & derriere.


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Quant aux canons de linge que l'on estalle au dessus, nous les approuuons bien dans leur simplicité quand ils sont fort larges, & de toille baptiste bien empesee, quoy que l'on ait dit que cela ressembloit à des lanternes de papier, & qu'vne Lingere du Palais s'en seruit ainsi vn soir mettant sa chandelle au milieu pour la garder du vent. Afin de les orner dauantage nous voulons aussi que d'ordinaire il y ait double & triple rang de toille, soit de baptiste, soit de Hollande, & d'ailleurs cela sera encore mieux s'il y peut auoir deux ou trois rangs de poinct de Genes, ce qui accompagnera le jabot qui sera de mesme parure. Vous sçavez que comme le cordon & les esguillettes s'appellent la petite oye, l'on appelle vn jabot l'ouuerture de la chemise sur l'estomach, laquelle il faut tousiours voir auec


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ses ornemens de dentelles; car il n'appartient qu'à quelque vieil penard d'estre boutonné tout du long. Estans aussi auertis qu'à cause que les hommes ne portent plus maintenant de collets à passement, ou de poinct coupé, plusieurs les ont mis à leur chemise, nous leur defendons ce mesnage qui sent trop sa mesquinerie, pource qu'il faut qu'vn vray Galand n'ait rien qui ne soit neuf & beau, & faict exprés. Pour retourner aux bottes, il les faut auoir à long pied, encore que l'on ait dit qu'il se falloit conformer à la Nature, & garder ses mesures. L'on sçait bien qu'au mesme temps que les longs pieds ont esté mis en vsage, l'on a aussi porté des chapeaux fort hauts & si pointus, qu'vn teston les eust couuers: Neantmoins la mode de ces chapeaux s'est changee soudain en forme platte &


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ronde, & les bottes & souliers à long pied sont demeurez, ce qui monstre l'estime que l'on en fait. L'on ficha bien vne fois vn cloud à quelqu'vn dans ce bout de botte, cependant qu'il estoit attentif à quelque entretien, en telle façon qu'il demeura cloüé au plancher, mais tant s'en faut que cela en doiue faire haïr l'vsage, qu'au contraire si le pied eust esté iusqu'au bout de la botte le cloud eust pû le percer de part en part, & voilà à quoy cela seruit à ce Galand. Apres les bottes, si vous songez aux esprons, vous les aurez d'argent massif, & leur ferez changer souuent de façon sans plaindre le coust. Ceux qui seront en bas de soye n'auront point d'autre bas que d'Angleterre, & leurs jarretieres & nuds de souliers seront tels que la Mode en aura ordonné, & l'on sera auerty en general que dés aussi-


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tost qu'il y a quelque nouueauté introduite, il y a de l'honneur à l'obseruer, afin qu'il semble quasi que l'on en soit l'Autheur, & craignant que l'on ne s'imagine que l'on ait seulement le reste des autres. Pour ce sujet il faut auoir soin de faire depescher les tailleurs, car il y en a de si longs, & au contraire il y a des modes qui durent si peu, qu'elles sont passees auant qu'vn habit soit fait.

XI.
    Il y a de certaines petites choses qui coustent peu, & neantmoins parent extremement vn homme, faisant connoistre qu'il est entierement dans la galanterie, d'autant que les melancoliques, les vieillards, les serieux, & les personnes peu ciuilisees n'en ont point de mesme. Comme par exemple d'auoir vn beau ruban d'or & d'argent au chapeau, quelque


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fois entremeslé de soye de quelque belle couleur, & d'auoir aussi au deuant des chausses sept ou huict des beaux rubans satinez, & des couleurs les plus esclatantes qui se voyent: L'on a beau dire que c'est faire vne boutique de sa propre personne, & mettre autant de mercerie à l'estallage que si l'on en vouloit vendre; il faut obseruer neantmoins ce qui a cours, & pour monstrer que toutes ces manieres de rubans contribuent beaucoup à faire parestre la galanterie d'vn homme, ils ont emporté le nom de Galands par preferance sur toute autre chose. Depuis mesme voyant que la pluspart des Dames au lieu de bracelets de perles, d'ambre, ou de manicles de geaiz, se contentent d'entourer leur poignet d'vn simple ruban noir, nous auons trouué bon que les ieunes Galands y en


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portent aussi pour faire parestre leurs mains plus blanches quand ils osteront leurs gands; Nous ne desaprouuons pas non plus l'intention de ceux qui y ont adiousté vn ruban incarnat, les ioignant ensemble, ou s'en seruant separement, à cause que toutes ces deux couleurs s'accordent bien à la blancheur et à la delicatesse de la peau, & en rehaussent l'esclat; Mais defenses tres-expresses sont faites à ceux qui, venans desia sur l'âge, ou ayans les mains noires, seiches, ridees, ou veluës, en voudroient faire de mesme, d'autant que cela ne tourneroit qu'à leur confusion et mocquerie. Il sera encore permis à nos Galands de la meilleure mine, de porter des mousches rondes & longues, ou bien l'emplastre noire assez grande sur la temple, ce que l'on appelle l'enseigne du mal de dents; Mais


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pource que les cheueux la peuuent cacher, plusieurs ayans commencé depuis peu de la porter au dessous de l'os de la iouë, nous y auons trouué beaucoup de bien-seance & d'agréement. Que si les Critiques nous pensent reprocher que c'est imiter les femmes, nous les estonnerons bien lors que nous leur respondrons, que nous ne sçaurions faire autrement que de suiure l'exemple de celles que nous admirons & nous adorons.

XII.
    Nos Galands estans ajustez en la sorte que nous auons figuré, ne tascheront à faire autre chose tout le iour que de se trouuer aux lieux où ils croiront auoir meilleur moyen de se faire voir, & quoi que d'ordinaire ils ayent assez de peine à estre deuots, ils ne laisseront pas de frequenter les Eglises, specialement celles où quel-


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que feste, quelque musique, & quelque Predicateur excellent & nouueau, & la presence de quelque Prince ou Princesse, attirent quantité de gens, & sur tout de ceux qui ne sont pas de petite consideration, & du nombre du vulgaire; Car ce n'est pas deuant ceux là qu'il faut parestre; Et comme c'est aux Dames que l'on desire plaire le plus, ne donnant que de l'enuie aux autres hommes, il faut chercher l'endroit où elles se rangent: Mais pource qu'à dire la verité les trop grands témoignages de galanterie font du scandale dans les Temples consacrez à Dieu, & destinez à l'oraison, l'on doit chercher tous les rendez-vous qui sont hors de là, où le beau Monde se treuue; & les vrais Galands seront curieux de dresser vn Almanach où ils verront en quelle saison l'on va promener à Luxembourg, & en


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quelle autre aux Tuilleries; Quand commence le Cours hors la porte S. Antoine, & quand c'est que celuy de la Reyne Mere à* la vogue; Quelle longueur de iour peut permettre de visiter les belles maisons d'autour de Paris, & à quelle heure il faut partir pour toutes ces promenades. Lors que l'hyuer ne permettra plus de sortir de la ville les plus adroits de nostre profession, doiuent sçauoir encore où sont les beaux reduits dans lesquels l'on passe le temps, soit à ioüer, soit à deuiser, & ils feront leurs efforts pour y auoir de l'accez; Ils sçauront aussi les ieux qui auront le plus de cours, comme le nouueau Hoc, & n'ignoreront pas celuy de l'Hom, ny le Reuersis & le Picquet, ny le Trictrac, pource qu'il se trouue tousiours quelqu'vn qui veut ioüer à l'vn ou à l'autre de ces jeux, & en ce cas il faut


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adherer non seulement aux Dames, mais à leurs freres, leurs cousins & autres personnes proches, afin de les gaigner par la complaisance, de telle sorte qu'il faut ioüer auec eux, quand l'on n'aimeroit point le jeu, & quand l'on y seroit malheureux. En ce qui est des longues nuits de cette froide saison, il faudra qu'ils s'informent s'il n'y en a point quelques-vnes que l'on puisse passer au Bal, & d'autant qu'il y a telle nuict que le Bal se donne en vingt endroits de la ville, il faut les sçauoir tous pour aller de l'vn à l'autre, & voir les visages qui s'y trouuent, s'arrestant enfin à celuy où l'on aura plus d'inclination. Cela s'appelle courir le Bal, & quand l'on danse quelque part vn Ballet, il n'y faut pas non plus estre des derniers, & de mesme aux Comedies que les Comediens representent quelque


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fois aux Maisons particulieres, d'autant que c'est là que se trouuent les plus belles femmes & de plus de condition, & que ce sont des occasions tres fauorables pour se faire voir en son lustre deuant elles, & pour entretenir celles à qui l'on aura voüé ses affections.

XIII.
    La necessité que l'on a de sçauoir en quel lieu se font les belles parties où se trouuent les Dames, sont cause que de quelque rang que l'on soit, il est à propos de se familiariser auec quantité de basses gens, dont il faut acquerir la connaissance à raison de leur employ. L'on doit connoistre des violons de toutes les bandes, pour sçauoir en quel lieu se donnera le Bal. Il faut connoistre des Musiciens pour apprendre où se fera quelque concert; Que s'il y en a quelqu'vn


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qui ait la voix belle pour chanter seul, & si quelqu'autres iouent excellemment du luth, de la viole ou de la guitarre, il faut gagner leur amitié par toute sorte de caresses & de presens, & leur donner exprés à disner ou à souper pour les mener de là chez quelque Dame à qui l'on les voudra faire oüir, sur tout si elle ne les a iamais oüis; & si elle en a grand desir pour le recit que l'on lui en a fait; car vous l'obligerez par ce soin à faire estat de vous, sur la croyance qu'elle aura que vous ne pensez à autre chose qu'à luy plaire. Vous vous efforcerez ainsi de faire voir toutes les nouueautez à celle pour qui vous aurez quelque affection. Vous aurez la connoissance de quelques Iardiniers qui vous fourniront des premieres fleurs pour luy enuoyer des bouquets, & si elle aime les fruicts, vous tascherez aussi de lui


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en faire gouster quelques-vns auant la saison ordinaire; S'il s'imprime quelque Comedie, ou quelque Roman, il faut tascher d'en auoir des fueilles à quelque prix que ce soit, dés auparauant mesmes que les dernieres soient acheuees, afin de contenter les Dames qui aiment la lecture. Que s'il y a des pieces curieuses qui ne s'impriment point, il faut en auoir la coppie bien escritte, soit que ce soit de mesdisance ou autre sujet, d'autant que l'on oblige vne maistresse luy en faisant la lecture, & l'on se diuertit & s'instruit pareillement.

XIV.
    Nous auons desia permis aux adroits de se seruir de la bourse de leurs associez pour fournir à plusieurs despenses où l'on croira qu'ils auront la meilleure part, & nous leur enioignons aussi de prendre garde à toutes


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les gentillesses qui se passeront, pour faire que les Dames en soient auerties, & en ayent le divertissement; Mais outre cela nous entendons que chacun fasse quelque despense veritable & manifeste pour se mettre en credit, & qu'en cela il mesure au moins ses facultez. Nul ne peut estre dit vray Galant qui de sa vie n'a donné le Bal ni la Musique, & si l'on n'est pas entierement porté à ces recreations, ceux qui n'aiment ny à danser ny à oüir chanter, pour lourdauts qu'ils soient, paroistront assez en donnant une collation, laquelle sera tousiours bien ordonnee, si l'on prend conseil de quelque illustre Traiteur, & sans qu'il soit besoin de se donner autre peine que de luy ouurir son cabinet pour y prendre ce qui sera necessaire aux frais. Ainsi l'on pourra acquerir de la reputation


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pour son argent, & cela fera que l'on parlera en bons termes de ceux qui ont fait vne telle despense, les appellant magnifiques. Ceux qui se seront trouuez à ce banquet en estans fort satisfaits en diront des merueilles à tous leurs amis, tellement que cela volera enfin d'vne bouche à l'autre auec beaucoup de loüange. XV.
    Il est besoin de vous donner icy des reigles pour le langage, qui est l'instrument de l'ame dont il se faut seruir dans la Societé. Vous parlerez tousiours auec les termes les plus polis que la Cour reçoiue dans son vsage, fuyant ceux qui sont trop pedantesques ou trop anciens, desquels vous n'vserez iamais, si ce n'est par raillerie, d'autant qu'il n'y a qu'au stile Comique & Satyrique qu'il faille vser de ce langage. Au reste s'il y a des mots que l'on ait inuentez depuis peu, & dont les gens du Monde


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prennent plaisir de se seruir, il en faut faire comme des modes nouuelles des habits, c'est à dire qu'il s'en faut seruir aussi hardiment, quelque bigearrerie que l'on y puisse trouuer, & quoy que les Grammairiens & faiseurs de liures les reprennent. Par exemple en loüant vn homme, il ne faut pas estre si mal-auisé que de dire, il a de l'esprit, ce qui sent son vieil Gaulois, il faut dire, il a esprit, sans se soucier de ce que l'on vous obiecte que vous oubliez l'article, & que l'on pourroit dire de mesme, il a folie, ou il a prudence, car il y a des endroits où cela peut auoir meillieure* grace qu'en d'autres. En parlant aussi de la naissance de quelqu'vn, l'on doit dire, il est bien Genteilhomme, & qui prononce ce mot autrement, ne sçait pas que ceux qui sont veritablement nobles se nom-


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ment ainsi eux-mesmes. Vous vous seruirez encore des façons de parler que l'on a apprises de ceux de Languedoc, de Guyenne, ou de Poictou, pource que cela est energique, & sert à abreger le discours, comme de dire, ie l'ay enuoyé à l'Academie pour qu'il s'instruise, ie luy ay dit d'aller au Louvre, ie l'ay sorty de son malheur, & plusieurs autres termes lesquels sont d'autant plus estimables qu'ils sont nouueaux, & que des hommes d'importance s'en seruent, de sorte, que qui parleroit autrement pourroit passer pour Bourgeois, & pour vn homme qui ne void pas les honnestes gens. Il faut bien se garder aussi de dire que l'on a traité quelqu'vn en faquin: il faut dire, que l'on l'a traicté de faquin; car à ce peu de mots l'on connoist si vn homme sçait les coustumes & le langage des Galands & polis, qu'il faut obser-


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uer si l'on veut estre bien receu parmy eux. Il y a beaucoup d'autres termes que l'on apprendra dans leur conuersation, & dans tous nos discours nous en avons icy espandu quelques-vns en guise de quelques fleurettes. Quant aux sujets de l'entretien, ce sera premierement sur les loüanges des personnes à qui l'on parle, principallement si ce sont des femmes, car c'est la coustume des honnestes gens de loüer tousiours ce beau sexe. Que si l'on parle à des hommes de qui l'on attend quelque support dans ses affaires ou à qui l'on desire de plaire à cause de leur haute condition, il faut tousiours estre dans l'admiration de leur merite, au commencement ou à la fin de l'entretien, & dans les occasions qui se presenteront par le discours. Au reste pour parestre de bonne compagnie, il faut


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souuent conter quelque nouuelle agreable; Il faut tascher de sçauoir toutes les intrigues & les amours des personnes les plus remarquables, quels mariages se font, & quelles querelles; Quels bons tours l'on a ioüez depuis peu à des niais qui seruent de ioüet aux autres, & sur tout auoir cette adresse, qu'encore que veritablement l'on soit mesdisant, ceux qui vous escoutent ne se deffient point de vous, & ne s'imaginent pas que vous soyez homme à les aller dechiffrer ailleurs, comme vous faites les autres, d'autant que vous leur aurez rendu trop de ciuilité pour vous auoir en cette estime, & pourtant s'il y a lieu de les ioüer quelque part, ne les espargnez pas, veu qu'il n'y a rien qui fasse tant rechercher vostre conuersation que cette agreable raillerie.


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XVI.
Pour regler vostre ciuilité, vous ne manquerez iamais de saluer ceux qui vous saluent auec vne humilité aussi grande que peut estre la leur. Que l'on ne remarque point aussi que vous attendiez qu'vn autre mette la main au chapeau le premier, luy laissant faire la moitié du chemin auant que vous commenciez. Chacun a en haine ceux qui en vsent ainsi, & cela sent ces jeunes Bourgeois venus de bas lieu, & montez iusques aux charges de robbe ou de finance par leurs escus, lesquels se gouuernent de cette sorte enuers ceux qui les connoissent de longue main, & en acquierent par ce moyen le titre de glorieux & de sots. Quoy que l'on mesprise dans l'ame de certaines gens, il leur faut faire vn bon accueil, afin que tout le reste du monde vous donne


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le nom de ciuil & de courtois, ce qui conuient parfaittement bien à la vraye galanterie: Mais gardez neantmoins de faire part de vos ciuilitez à ceux que plusieurs mesestiment, d'autant que cela vous donneroit la reputation d'estimer ceux qui ne le vaudroient pas. Ainsi en entrant ou en sortant d'vne compagnie, vous pouvez saluer tous ceux qui s'y treuuent, s'ils vous semblent tous gens de condition & de merite, Que s'il vous parest du contraire, à peine les regarderez vous, & vos reuerences ne seront employees que vers la personne que vous visitez. Quoy que vous vous soyez, remontrez*[= soyez rencontrez] en vn mesme lieu, & assis pres l'vn de l'autre, à peine les regarderez vous, & s'ils sont assez hardis pour parler, vous serez assez dédaigneux pour ne pas faire semblant de prendre garde à ce qu'ils disent, &


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n'y respondant point vous poursuiurez vostre discours, agissant de mesme sorte en toutes choses que s'ils n'estoient point là, ou s'ils n'estoient ny veus ny oüis. Que s'il arriue que ceux auec qui vous vous entretiendrez vous nomment quelque fois quelqu'vn qui vous semble estre de trop bas aloy pour auoir de l'affinité auec vous, il faut dire auec vn ton mesprisant, ie ne connoy point cela, comme ne sçachant pas mesme dequoy c'est que l'on vous parle, & se gardant bien de dire, ie ne le connoy point, pource que ce seroit encore faire trop d'honneur à vne telle personne. Quand il sera aussi question de mespriser quelqu'vn en sa presence, il se faudra bien garder de repeter le nom de Monsieur en parlant de luy à quelqu'autre qui se trouuera là, comme par exemple, il ne faut pas


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dire, n'entendez vous pas ce que Monsieur vous dit? mais seulement, n'entendez vous pas ce qu'il dit? de mesme que si l'on disoit, ce que celuy là vous dit, ce qui témoigne vn vray desdain; Et en parlant à de telles gens, il ne faut iamais les appeller simplement, Monsieur, mais y adiouster tousiours leur nom. Que si vous arriuez dans vne chambre où ils soient desia placez, vous pouuez hardiment prendre place au dessus d'eux, pour leur monstrer ce que vous estes, & ce qu'ils sont; Et s'ils vous sont venus voir, quoy que vous en reconduisiez d'autres iusques à la ruë, lesquels vous estimez à cause de leurs richesses & de leurs grands offices, quant à eux vous les pouuez laisser aller seuls dés la porte de vostre chambre ou cabinet, sçachant bien qu'ils ne s'esgareront pas. Que si vous vous trouuez en humeur


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de descendre, que ce soit plustost pour faire exercice que pour aucun respect que vous leur vouliez rendre, ainsi que vous leur témoignerez assez; & gardez vous bien de marcher apres eux, mais prenez le deuant, ou tout au moins la main droite, & les quittez en tel lieu qu'il vous plaira, les y surprenant mesme lors qu'ils n'y penseront pas, pour leur monstrer que ce n'est pas à eux à limiter vostre ceremonie, & que vous ne faites que ce qui vous plaist, sans y estre obligé. Enfin pratiquant toutes ces ceremonies & grimasses mondaines où il y a tant de mystere, vous croirez que c'est ce que l'on doit appeller, vne noble fierté, nouuelle vertu de ce siecle dont l'on parle tant, & dont les anciens Philosophes n'ont iamais eu l'esprit de s'auiser.


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XVII.
    Nous vous declarons que toutes ces Loix estans generalles, doiuent estre obseruees par tous ceux qui voudront faire profession de galanterie, & qu'il y en a quantité d'autres particulieres appropriees à de certaines personnes, tant pour les esleuer aux honneurs & aux richesses, qu'à l'amour des Dames, & autres parties de nostre souuerain Bien, lesquelles sont contenuës en des articles secrets, & vous seront communiquees apres quelques mois de probation; Mais vous serez auertis de ne vous point tellement arrester ny aux vnes ny aux autres, que vous ne songiez tousiours que leur changement est perpetuel, & que vous ne vous prepariez à en receuoir de nouuelles de nostre part quand il nous plaira de vous en donner; Au reste nous croyons auoir si


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bien imprimé icy & ailleurs le vray caractere de la Galanterie Françoise, que quand nos seings manuels n'y seroient point aposez, vous pourriez bien remarquer que cela ne peut proceder que de gens qui sont consommez en cette matiere, & qui peuuent seruir de modelle à tous ceux qui voudront suiure nos Loix, puisque nous sommes tousiours des premiers à les obseruer.

Il ne faut pas que les Dames s'estonnent de ce qu'il n'y a eu icy aucune Ordonnance pour elles, puis que leur Galanterie est autre que celle des hommes, & s'appelle proprement Coquetterie, de laquelle il n'appartient qu'à elles de donner des reigles.