TEXTES ET CONTEXTES DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE


Extraits de:
Pierre-Antoine Mascaron, Préface des Epistres de Boisrobert (1647)

Bien que le seul nom de l'Autheur de ces Epistres soit vn preiugé de leur excellence, je ne doute point que la lecture d'vn si bel Ouurage ne surpasse toutes les esperances qu'on en pourroit auoir conceues, & qu'on ne regarde auec admiration tant de beautez, cachées sous vn tiltre qui semble ne rien promettre que de mediocre. Voicy pourtant dequoy desabuser certains Esprits preoccupés de cette fausse opinion que tout ce qui n'est pas serieux & graue ne sçauroit meriter le nom de beau, & qui croyent auoir fait beaucoup d'honneur à la plus excellente production de cette nature quand ils ont dit qu'elle est assez jolie. Ie sçay bien que, comme on entend plus aysément le bruit des torrens qui roulent auec rapidité que le murmure des fontaines qui coulent doucement, ce n'est pas merueille que les graces de ce genre d'escrire ne soient pas connues de tout le monde. Ceux qui battent des mains quand ils voyent vn stile nombreux, de graues sentences, & des poinctes aiguës, n'ont garde de bien connoistre la belle raillerie & la naïfueté des pensées & des expressions. Vne façon d'escrire aisée & naturelle leur semble basse, & ils croyent que, comme on est contraint de fouiller dans les entrailles de la terre pour en tirer le metal qui, dans le commerce, donne le prix à toutes choses, aussi l'Esprit ne sçauroit rien produire de precieux & d'estimable s'il ne se l'arrache auec peine & auec violence. Il faut sans doute auoir le goust bien raffiné, il faut connoistre ce qu'il y a de plus rare dans la Cour, & entretenir vn commerce auec l'Antiquité la plus delicate, pour iuger sainement de ces beautez exquises, dont l'éclat contente la veuë sans la blesser & sans l'esblouir. [] nous remarquons, dans la decadence de l'Empire Romain qui fut suiuie de celle des bonnes Lettres, qu'on s'aprocha de l'ignorance & de la barbarie d'abord qu'on commença de mespriser cette belle & naïfue façon d'escrire dont nous parlons, pour mettre en vsage & en credit, dans les Vers & dans la Prose, les fausses beautez d'vn stile enflé & ces expressions Gottiques qui corrompirent entierement la langue Latine en croyant la rendre plus pompeuse & plus magnifique: Pourueu qu'il y eust quelque feu dans les productions, on ne se soucia point de les noircir d'vne fumée importune & d'vn galimathias perpetuel; & les Autheurs de ce temps-là ne mirent plus de difference entre la force & la dureté du stile, non plus qu'entre l'enflure & l'embonpoint. [...]


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